Costa-Rica : menaces sur le paradis de l’écotourisme

avril 17, 2008 at 3:55 1 commentaire

Costa Rica FrogQui pense éco-tourisme, protection de l’environnement, tourisme durable… pense tout de suite au Costa Rica, ce pays qui a la réputation de savoir à la fois protéger et valoriser ses forêts et leur incroyable diversité – 11 450 espèces de plantes, 67 000 espèces d’insectes, 850 espèces d’oiseaux.

Mais il y a parfois loin de l’image à la réalité, et un rapport récent indique que même au Costa Rica, le tourisme devient vite prédateur des paysages dont il dépend. Le pire y côtoie – et menace d’engloutir – le meilleur.

Un petit bain aux coliformes ?
Ainsi selon un article du Christian Sciences Monitor, sur la plage de Playa Grande, des tortues de mer viennent déposer leurs oeufs… alors qu’à quelques centaines de mètres, sur la plage de surf de Tamarindo, les égoûts se déversent dans la mer, dont la contamination atteint des niveaux dangereux.

Rien d’exceptionnel. La dernière édition du « State of the Nation Report » indique que 97% des égoûts du pays sont déversés directement dans la mer et les cours d’eau, et qu’en 2006, plus de 300 000 tonnes de déchets ont été abandonnées dans les rues sans être ramassés. Voilà de quoi ternir l’image d’un pays qu’on a longtemps surnommé « la Suisse de l’Amérique Latine ». Que ceux qui songent déjà à changer de destination réfléchissent à deux fois : ils retrouveront une situation similaire sur la plupart des plages des pays en voie de développement rapide.

Le tourisme cannibale

C’est ainsi qu’au pays de l’éco-tourisme, la population de singes aurait chuté de 50% en 10 ans, celle des tortues Leatherback, une espèce menacée, de 97% en 20 ans, tandis que les coraux sont asphyxiés sous les populations d’algues prédatrices, nourries par les égoûts des « resorts » de luxe qui poussent sur le paradisiaque golfe de Papagayo. Comme le rappelle Gadi Amit, membre de l’association de protection de l’environnement « Guanacaste Brotherhood Association » : « à ce rythme, les touristes n’auront bientôt plus rien à venir voir au Costa-Rica »… sauf bien sûr pour ceux qui se contentent de passer leurs vacances enfermés dans leur club de luxe, coupés du pays qu’ils contribuent à détruire.

Comment réconcilier tourisme et nature dans un pays où la croissance touristique est trois fois la moyenne mondiale ?

Alors que les associations écologistes multiplient les campagnes et parfois les procès, la balle est dans le camp des autorités locales, seules à même de mettre en oeuvre un plan de développement touristique durable. Elles ont du pain sur la planche, puisqu’à peine un quart des villes du littoral ont un plan d’aménagement et des services de traitement des eaux. Certains spécialistes de l’environnement, comme le biologiste Jorge Lobo de l’Université du Costa Rica, proposent un moratorium sur le développement des régions à forte biodiversité les plus menacés, le temps de mettre en place des plans d’aménagement durable, incluant une protection des zones fragiles.

Mais malgré sa réputation et certains efforts réels – le pays compte 26% de réserves naturelles et 80% de sa production d’énergie est d’origine renouvelable – le gouvernement a du mal à défendre une politique de gestion positive de l’environnement face aux pressions des « développeurs ». Et son image commence à se ternir. Le Lonely Planet avertit ses lecteurs, dans sa dernière édition que le Costa Rica n’est pas entièrement conforme à l’image de l »éco-paradis virtuel où la préservation de l’environnement est toujours prioritaire sur les profits… »

Et si la clé était chez les touristes ?
Compte-tenu des réalités économiques, c’est donc du côté des touristes qu’il faut se tourner. C’est aussi à eux de faire pression et de choisir les opérateurs, les hôteliers, qui pratiquent un tourisme positif, où création d’emplois rime avec protection et valorisation de l’environnement.

La preuve ? Sensible aux critiques qui ternissent l’image du pays et menacent de remettre en cause la manne touristique, le gouvernement a commencé à fermer le terrible Occidental Allegro Papagayo, qui se débarrassait discrètement de ses eaux usées dans l’océan, et fait passer un décret pour limiter la hauteur et la densité des bâtiments sur la côte Pacifique Nord-Ouest.

Au-delà de ses premières mesures, il reste à développer un modèle de tourisme positif, basé par exemple sur des bâtiments éco-efficients qui, grâce aux énergies renouvelables, pourraient produire plus d’énergie que leurs besoins et en redistribuer aux communautés voisines. Un modèle de tourisme basé sur les principes de l’économie circulaire, où chaque ressources devient un déchet, où les eaux usées sont recyclées, où les déchets organiques deviennent compost et engrais pour les jardins…

Pour encourager ces pratiques, les touristes peuvent commencer par sélectionner les hôtels bénéficiant d’un éco-label, par exemple au Costa-Rica celui du CST (Costa Rica Sustainable Tourism Program), ou, sur l’ensemble de l’Amérique Latine, ceux certifiés par le Sustainable Tourism Certification Network. Bon voyage !

Par Anne Gouyon, Fondatrice de la collection de guides de voyage Natural Guide et de Viatao, premier guide de voyage en ligne dédié au tourisme positif pour l’environnement et les communautés locales.

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Un commentaire Add your own

  • 1. Delphine  |  avril 29, 2008 à 7:36

    Selon une étude de TNS Sofrès publiée hier, 59% des voyageurs français déclarent connaitre le tourisme responsable ( pour 27% seulement en 2007 ! ) et 72% ont envie de le pratiquer « rassurés par la garantie de la sécurité et des informations plus détaillées sur l’offre ». La mise en place d’éco- labels va tout à fait dans ce sens là. Espérons qu’un jour le tourisme positif devienne la norme, bonne chance à votre projet !

    Réponse

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