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So ethnique, so chic, so photogénique

Respecter les peuples, c’est aussi être un photographe responsable ! Trois guides censés offrir un tourisme “alternatif” (Petit Futé, Lonely Planet, Le Routard) proposent des pistes et des conseils pour mettre en boîte les “locaux”. Car , avouons le , ce noble geste photographique est teinté d’ambiguïté : « les touristes interposent l’appareil entre eux-mêmes et toute rencontre remarquable. Incertains de l’attitude qu’ils devraient avoir, ils cliquent » (Susan Sontag, dans son ouvrage On photography, publié chez Delta Books en 1973).  Le Tigre, auto-proclamé « curieux magazine curieux », tout en humour, finesse et ironie, s’est penché sur le sujet et a épluché ces guides, en analysant le parti pris de ses auteurs. Nous vous proposons la crème de la crème de l’article publié dans le volume 2, en mai 2007.

EXTRAITS DE LE GUIDE DU ROUTARD – Kenya, Tanzanie — 2003 Généralités Photos « Vous remarquerez sans doute que les tribus n’aiment pas se faire mettre en boîte. Ce n’est pas que les gens aient peur d’y laisser leur âme, mais les Massaïs (entre autres) en ont un peu marre de tous ces touristes qui braquent leur appareil sur eux à la moindre occasion. Le moins que l’on puisse faire, c’est demander. On ne vous refusera généralement pas, mais ne vous attendez pas non plus à ce que ce soit gratuit. De nombreux Massaïs s’en s’ont fait un métier. Si vous tenez absolument à une photo d’un guerrier avec sa lance, il vous faudra débourser entre 20 et 100 shillings ».

COMMENTAIRE DU MAGAZINE LE TIGRE «  Afrique vénale, à la différence de la France où tant de choses sont gratuites et non médiées par le fric. Pauvre de nous, les routards ! Alors même que nous avons acheté notre billet d’avion en low-cost, preuve s’il en est que nous sommes pauvres comme un Kenyan, il va falloir serre les dents… ah ces Kenyans tellement simplistes. Quant à ces Massaïs, on a la gentillesse de venir chez eux, et ils font payer une photos ..) »

LONELY PLANET BOLIVIE (édition 2001) Lac Titicaca […] Islas de Huyñaymarka : (…) « les îles ont été tristement dénaturées par ces influences extérieures : les habitants sont mitraillés par les appareils photos de touristes peu avisés que des hordes d’enfants harcèlent pour obtenir menue monnaie et cadeaux. Au final, tout le monde s’en tire de méchante humeur et la scène est très déplaisante. Adoptez le comportement le plus respectueux qui soit, en demandant aux habitants l’autorisation de les prendre en photo. »

PETIT FUTE, VENEZUELA (édition 2001). Photographie « s’ils refusent, ce n’est pas la fin du monde : ne photographiez alors surtout pas car les Vénézuéliens sont très solidaires et votre appareil risque d’en faire les frais. Astuce (si la photographie est importante pour vous) : prenez avec vous un objectif de 300 mm avec un doubleur de focale le transformant en 600 mm, alors vous pourrez prendre vos photos sans que personne ne s’en doute. »

COMMENTAIRE DU MAGAZINE LE TIGRE : « Le point commun à tous les guides est de présenter les attentes du touriste comme un dû.(…) Le rêve du touriste ou routard tel qu’il apparaît dans c’est guides c’est : un voyage pas cher, des populations locales figées dans leurs coutumes, accueillantes, qui se laissent prendre en photo comme des choses. De temps à autre, un petit mea culpa. Il ne vient à aucun guide l’idée de dire «  Ne photographiez pas »  ou « N’allez pas dans tel ou tel endroit », tout simplement. Concernant les îles du lac Titicaca, aucun guide ne fait par exemple l’impasse sur leur visite, tout en s’en plaignant haut et fort.Le Guide du Routard a lancé ce mois-ci une campagne de publicité où l’on voit un Massaï, face-à-face avec un routard : le face-à-face, synonyme d’égalité, de fraternité… Mais puisqu’ils sont nos égaux, où sont-ils, ces Massaïs qui nous mitraillent de photos à la terrasse de nos cafés ? »

Pour l’article complet, intitulé «  Guides de voyages : mauvaise conscience et contradictions » : http://www.le-tigre.net/Guides-de-voyage-mauvaise.html

Stéphane Ledoux

septembre 30, 2008 at 1:38 Laisser un commentaire

Les jeux olympiques : positifs pour le tourisme ?

Soyons honnêtes : je n’aime pas les jeux olympiques. Je déteste cette idéologie de la compétition entre Nations, qui me semble très éloignée des besoins du monde actuel. Je rêve d’un monde où l’Autre, qui vient d’ailleurs, n’est pas regardé comme un rival à battre, mais comme un ami dont les différences vont m’enrichir. C’est d’ailleurs tout l’esprit du tourisme positif, de viatao et des natural guide : aller se promener sur la planète, non pas en conquérant (ah, tu as « fait le Machu Pichu » cette année ? Ah, nous on a « fait » les îles grecques), mais en petit humain avide de rencontres.

Je n’aime pas la machine à sous et à vendre des boissons gazeuses et de la malbouffe que sont devenus les Jeux Olympiques, si loin de l’idéal de départ, que l’on nous ressasse comme s’il exonérait cette grande foire de tout. Et comme s’il exonérait les Chinois de la répression policière au Tibet et chez toutes leurs minorités (chez leurs majorités aussi d’ailleurs : essayez d’ouvrir un blog comme celui-ci en Chine !). Je n’aime pas les cérémonies d’ouverture kitschissimes où on fait des grosses flammes, et où on admire des milliers de Chinois habillés pareils, qui font tous le même mouvement en même temps. On est bien loin des idéaux d’écologie, de rationalité énergétique et de diversité dont l’humanité a besoin pour survivre au 21ème siècle, ceux de l’Économie Positive. À la place, on nous sert une soupe digne des pires moments du 20ème siècle, où tout ce qui compte c’est d’être plus nombreux, plus forts, plus grands…

Et bien, bonne nouvelle : malgré le battage médiatique que l’on nous sert à l’envie, les jeux olympiques, c’est un flop touristique ! Eh oui ! Vous ne me croyez pas ? Allez voir ETurboNews, la newsletter pro spécialisée sur le voyage, qui nous révèle que la pire chose qu’un pays puisse faire pour booster son tourisme c’est… d’accueillir les jeux olympiques ! Les hôteliers chinois sont d’ailleurs très déçus par les réservations et la fréquentation, bien en-dessous de ce qu’on leur avait vendu. Ca leur apprendra à avoir accepté que les lignes Internet de leurs clients soient fliquées par la police chinoise (à leur décharge, ce n’est pas non plus comme si on leur avait donné le choix). Mais apparemment, les jeux sont de manière générale une malédiction pour le tourisme : un rapport de l’ European Tour Operators Association (ETOA) explique que tous les pays qui sont accueillent les jeux voient leur tourisme décliner avant et après. Ainsi, selon le rapport : « In the case of Australia, a trend of over 10% growth in visitor arrivals turned into a decline two years before the Sydney Olympics. The stagnation persisted for more than two years after. » Et ce n’est pas que l’Australie : « A similar ‘Olympic Effect’ was apparent for four other previous Olympics – in Atlanta 1996, Barcelona 1992 and Seoul 1988, according to Deloitte. » Même chose pour Athènes, qui a perdu des visiteurs dans la période avant et après les jeux de 2004.

Rien d’étonnant si on sait comment marche le tourisme. Le tourisme préféré des hôteliers, c’est celui des clients fidèles qui reviennent chaque année. C’est celui des amoureux d’un coin du monde, qui, par le bouche à oreille, font venir leurs amis. Or ceux-ci fuient les destinations olympiques par crainte des travaux, de la hausse des prix, de la foule… Pas de visiteurs intéressés par le pays, pas de bouche à oreille. Car bien sûr les amateurs de jeux du cirque, même s’ils font une petite excursion par ci par là, ne s’intéressent guère au pays, ils sont d’abord là pour les médailles et les athlètes. Donc, ils ne reviennent pas l’année d’après, et ne disent pas à leurs amis : « j’ai été en Chine, c’était super… » Normal, tout ce qu’ils ont vu, c’est un grands stade et une foule de touristes bien encadrés de partout.

Quant à l’audience télé, toujours selon l’ETEO, il semble qu’elle soit très exagérée par le Comité Olymique, toujours en mal de sponsors (quand on vous disait que tout ça, c’est juste une histoire de gros sous). Et puis de toutes façons, en quoi le fait de regarder les jeux olympiques me donnerait envie d’aller dans le pays en question ? En effet, ça donne plutôt envie de fuir et se dire « on va attendre que tout ça se calme, que le pays soit revenu à la normale avant d’y aller ». Et en effet, c’est comme ça que ça se passe. CQFD.

Finalement, les Français, on a été bien malins de louper notre candidature aux JO. Et peu importe si on l’a pas fait exprès.

Anne Gouyon

août 12, 2008 at 3:52 Laisser un commentaire

Vivent les vacances à la ferme

Les vacances arrivent et il est temps de faire ses valises. Et si cette année l’aventure était au coin d’un chemin de campagne ? Eh oui, les vacances à la ferme sont une bonne façon de passer des vacances écolos et authentiques, sans émettre une tonne de gaz à effet de serre pour aller à l’autre bout du monde.

Voici donc une petite sélection de sites Internet consacrés au tourisme à la ferme.

Commençons par Bienvenue à la ferme, qui propose plusieurs centaines d’adresses d’hébergement dans toute la France. Avec des formules classiques (gîte, camping à la ferme…) mais aussi d’autres plus tendance, qui nous proposent d’éveiller tous nos sens. Je démarre par la formule « apéritif sur le vigneron », et choisis le Mas Poupéras près de Vaison-la-Romaine, qui me propose une dégustation des vins du domaine accompagnée de pâté, caillette, fougasse, fromage de chèvre, légumes et fruits de saison… Les plus gourmands pourront choisir parmi les nombreux stages de cuisine proposés sur le site de Bienvenue à la ferme, et les plus écolos bien sûr choisiront une ferme bio. Les plus sérieux choisiront une formule découverte ou formule pédagogique, qui permet de s’initier, ou de faire initier ses enfants, aux joies de l’agriculture. Et en cherchant bien, le site recèle de vraies perles, comme cette ferme musicale bio qui, outre des stages de cuisine, propose des ateliers d’éveil musical et des cours de percussion. Un bon point : le moteur de recherches multi-critères très pratique pour trouver votre bonheur.

Plus militant, le site d’Accueil Paysan propose un grand choix de gîtes, campings, auberges et chambres d’accueil, à choisir par région.

Si votre ligne vous préoccupe, l’association Forme en Ferme, dédiée à la vie saine, propose des séjours dans des fermes adhérentes, dont les exploitants ont reçu une formation sur les liens entre alimentation et santé, et qui proposent aussi des activités sportives : randonnées, piscine, vélos, VTT… Belle formule mais hélas, le site Internet a tendance à bugger un peu.

Plus hédoniste, le site d’agrivacances, dédié à l’agritourisme en PACA (Provence – Alpes – Côte d’Azur) propose des séjours à la ferme avec dégustations de vins, olives, huile d’olive, légumes, fruits, confitures, fromages, miels… dans des sites souvent enchanteurs.

Et pour ceux qui sont coincés en région parisienne, il reste toujours la possibilité d’aller se rafraîchir les neurones à la Ferme de Sainte-Marthe, où Philippe Desbrosses, un grand expert, praticien et défenseur de l’agriculture biologique en France, a créé l’association Intelligence Verte consacrée à la promotion de la biodiversité naturelle et humaine. Conférences, stages de jardinage bio ou de cuisine bio, stages « vivre et travailler autrement »… de quoi passer un été intelligent.

Anne Gouyon

juillet 10, 2008 at 5:56 Laisser un commentaire

Sur la côte espagnole, le tourisme positif se joue au niveau local

Le port de Javea (c) Axel Springer

Le port de Javea (c) Marcos Castellano

Il est 20 heures au coeur de Javea, sur la Costa Blanca espagnole. En ce début de juillet, la température frise les 30°. Pourtant, les habitants du village ne sont pas massés devant une bière fraîche et quelques tapas : ayant répondu à l’appel de la Plateforme Civique de Défense du Territoire et du Littoral, ils sont venus manifester devant la mairie. Leurs pancartes: « NON! À l’extension du Port! OUI! À un aménagement concerté et durable ! »

Eh oui, il ne faudrait pas l’oublier, le tourisme positif, c’est avant tout au niveau des collectivités locales qu’il se joue. Pour avoir négligé le long terme, la plupart des mairies de la Costa Blanca, cette bande de plages blanches qui s’étend au Sud de Valence, se sont laissé envahir par le béton. Résultat : elles n’ont attiré qu’un tourisme de masse, très destructeur pour les ressources naturelles, et peu producteur de valeur ajoutée. Une fois les terrains vendus, les profits ont largement été réalisés par des sociétés de construction extérieures à la région. Les constructions sont de faible qualité – La Courneuve au soleil – et prennent surtout la forme d’immeubles d’habitations secondaires, occupés une faible partie de l’année, et qui, contrairement à l’hôtellerie, génèrent peu d’emplois.

Le village de Xabia a eu de la chance. Ses côtes sont surtout rocheuses et ont peu intéressé les promoteurs, que la Municipalité, au fil des ans, a su tenir en respect en évitant les grands immeubles. Et le maire actuel, prenant acte des nouvelles tendances du tourisme durable, entend bien faire de sa commune un exemple de tourisme de qualité.

Alors, et ce port ? Il est maintenant 21 heures. Le Conseil Municipal vient d’entamer une session extraordinaire. L’ordre du jour : voter pour ou contre un projet d’extension du Port soutenu par la Région. Le Maire rappelle les faits : « Ce projet, cela fait 8 ans qu’il a été proposé par une Société de construction. Huit ans qu’il a été rejeté par le conseil municipal et la population. Moi-même j’ai été réélu sur la base d’un programme de rejet de cette extension du Port. » C’est qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. L’idée : transformer le paisible petit port de pêche de Xabia en un vaste port accueillant des bateaux de plaisance, comme dans la ville voisine de Dénia. Un projet qui détruirait le littoral et l’ambiance du port, transformant en parking les espaces paisibles où les familles viennent se promener. Un projet soutenu notamment par une partie des commerçants, qui espèrent en retirer une hausse de leur activité. Mais largement rejeté par la population, comme en attestent les nombreux opposants massés devant la salle du conseil, qui applaudissent avec enthousiasme les déclarations du Maire.

Au bout de deux heures de délibération, le conseil vote finalement, encore une fois, Non au projet d’extension du Port. L’environnement a gagné. Mais pour combien de temps ? Pour continuer à préserver la beauté tranquille du Port de pêche du village, il va falloir combiner ce modèle de conservation avec une valorisation des atouts de la région : attirer une clientèle touristique de qualité, proposer de nouvelles attractions comme la dégustation de poisson frais, peut-être des promenades en mer… Le tourisme positif, c’est aussi des créations d’emploi à haute valeur ajoutée, permettant de proposer à la population une alternative au bétonnage sauvage.

Anne Gouyon

juillet 7, 2008 at 12:50 Laisser un commentaire

Émissions de gaz à effet de serre : l’électronique aussi

Face aux émissions de gaz à effet de serre générées par les déplacements en voiture ou en avion, vaut-il mieux voyager de son salon sur Discovery Channel ou sur Internet ?

À voir, comme disent mes amis Espagnols. Car un récent rapport de Greenpeace dénonce les effets environnementaux de la high-tech, et épingle quelques mauvais joueurs dont… Apple. Et voilà qu’un communiqué de MesCoursesPourLaPlanète nous apprend que l’industrie électrique et électronique représenterait 2% des émissions mondiales de CO2, talonnant ainsi les émissions du secteur aérien.

Alors, peut-on blogger, prendre des photos de vacances ou partager ses vidéos sans détraquer le climat et produire des déchets toxiques ?

Réponses au Café-Conso, table ronde consacrée à la consommation durable, organisée par MesCoursesPourLaPlanèteet par Nature et Découvertes. La prochaine édition s’intitule « High-Tech ou Toxic-Tech ? » et sera animée par Elisabeth Laville, fondatrice de Utopies, avec la participation de :
> Fabrice Flipo, ingénieur, co-auteur de « Ecologie des
Infrastructures Numériques » (Ed. Lavoisier, 2007)
> Marie-France Corre, Consultante indépendante, ex-directrice
des tests à l’UFC- Que Choisir

> Dominique Ortoli, Responsable du Développement durable, Lexmark.

Samedi 31 mai à 10 h 30, au Cinéma L’Entrepôt, 7/9 rue F. de Pressensé, 75014 Paris, Métro Pernety.

Plus d’infos : Télécharger le Guide pour une High-Tech Responsable
de Greenpeace.

Télécharger l’invitation au Café-Conso : http://mescoursespourlaplanete.com/cafeconso.php

mai 30, 2008 at 3:17 Laisser un commentaire

Costa-Rica : menaces sur le paradis de l’écotourisme

Costa Rica FrogQui pense éco-tourisme, protection de l’environnement, tourisme durable… pense tout de suite au Costa Rica, ce pays qui a la réputation de savoir à la fois protéger et valoriser ses forêts et leur incroyable diversité – 11 450 espèces de plantes, 67 000 espèces d’insectes, 850 espèces d’oiseaux.

Mais il y a parfois loin de l’image à la réalité, et un rapport récent indique que même au Costa Rica, le tourisme devient vite prédateur des paysages dont il dépend. Le pire y côtoie – et menace d’engloutir – le meilleur.

Un petit bain aux coliformes ?
Ainsi selon un article du Christian Sciences Monitor, sur la plage de Playa Grande, des tortues de mer viennent déposer leurs oeufs… alors qu’à quelques centaines de mètres, sur la plage de surf de Tamarindo, les égoûts se déversent dans la mer, dont la contamination atteint des niveaux dangereux.

Rien d’exceptionnel. La dernière édition du « State of the Nation Report » indique que 97% des égoûts du pays sont déversés directement dans la mer et les cours d’eau, et qu’en 2006, plus de 300 000 tonnes de déchets ont été abandonnées dans les rues sans être ramassés. Voilà de quoi ternir l’image d’un pays qu’on a longtemps surnommé « la Suisse de l’Amérique Latine ». Que ceux qui songent déjà à changer de destination réfléchissent à deux fois : ils retrouveront une situation similaire sur la plupart des plages des pays en voie de développement rapide.

Le tourisme cannibale

C’est ainsi qu’au pays de l’éco-tourisme, la population de singes aurait chuté de 50% en 10 ans, celle des tortues Leatherback, une espèce menacée, de 97% en 20 ans, tandis que les coraux sont asphyxiés sous les populations d’algues prédatrices, nourries par les égoûts des « resorts » de luxe qui poussent sur le paradisiaque golfe de Papagayo. Comme le rappelle Gadi Amit, membre de l’association de protection de l’environnement « Guanacaste Brotherhood Association » : « à ce rythme, les touristes n’auront bientôt plus rien à venir voir au Costa-Rica »… sauf bien sûr pour ceux qui se contentent de passer leurs vacances enfermés dans leur club de luxe, coupés du pays qu’ils contribuent à détruire.

Comment réconcilier tourisme et nature dans un pays où la croissance touristique est trois fois la moyenne mondiale ?

Alors que les associations écologistes multiplient les campagnes et parfois les procès, la balle est dans le camp des autorités locales, seules à même de mettre en oeuvre un plan de développement touristique durable. Elles ont du pain sur la planche, puisqu’à peine un quart des villes du littoral ont un plan d’aménagement et des services de traitement des eaux. Certains spécialistes de l’environnement, comme le biologiste Jorge Lobo de l’Université du Costa Rica, proposent un moratorium sur le développement des régions à forte biodiversité les plus menacés, le temps de mettre en place des plans d’aménagement durable, incluant une protection des zones fragiles.

Mais malgré sa réputation et certains efforts réels – le pays compte 26% de réserves naturelles et 80% de sa production d’énergie est d’origine renouvelable – le gouvernement a du mal à défendre une politique de gestion positive de l’environnement face aux pressions des « développeurs ». Et son image commence à se ternir. Le Lonely Planet avertit ses lecteurs, dans sa dernière édition que le Costa Rica n’est pas entièrement conforme à l’image de l »éco-paradis virtuel où la préservation de l’environnement est toujours prioritaire sur les profits… »

Et si la clé était chez les touristes ?
Compte-tenu des réalités économiques, c’est donc du côté des touristes qu’il faut se tourner. C’est aussi à eux de faire pression et de choisir les opérateurs, les hôteliers, qui pratiquent un tourisme positif, où création d’emplois rime avec protection et valorisation de l’environnement.

La preuve ? Sensible aux critiques qui ternissent l’image du pays et menacent de remettre en cause la manne touristique, le gouvernement a commencé à fermer le terrible Occidental Allegro Papagayo, qui se débarrassait discrètement de ses eaux usées dans l’océan, et fait passer un décret pour limiter la hauteur et la densité des bâtiments sur la côte Pacifique Nord-Ouest.

Au-delà de ses premières mesures, il reste à développer un modèle de tourisme positif, basé par exemple sur des bâtiments éco-efficients qui, grâce aux énergies renouvelables, pourraient produire plus d’énergie que leurs besoins et en redistribuer aux communautés voisines. Un modèle de tourisme basé sur les principes de l’économie circulaire, où chaque ressources devient un déchet, où les eaux usées sont recyclées, où les déchets organiques deviennent compost et engrais pour les jardins…

Pour encourager ces pratiques, les touristes peuvent commencer par sélectionner les hôtels bénéficiant d’un éco-label, par exemple au Costa-Rica celui du CST (Costa Rica Sustainable Tourism Program), ou, sur l’ensemble de l’Amérique Latine, ceux certifiés par le Sustainable Tourism Certification Network. Bon voyage !

Par Anne Gouyon, Fondatrice de la collection de guides de voyage Natural Guide et de Viatao, premier guide de voyage en ligne dédié au tourisme positif pour l’environnement et les communautés locales.

avril 17, 2008 at 3:55 1 commentaire

Quand le tourisme se peint en vert…

Tourisme communautaire en ThaïlandeQuand toutes les pubs rivalisent de « développement durable« , quand les vendeurs de séjours dans des ghettos de béton « 8 jours/9 nuits tout compris » nous promettent du « tourisme responsable« , qui croire ? Voyageur, garde les yeux ouverts et ne crois que ce que tu vois.

Depuis les succès de Nicolas Hulot et du Grenelle de l’environnement, le vert de l’écologie est la couleur de rigueur. Un de mes correspondants, militant écologiste de la première heure, a dénombré en une soirée pas moins de 17 pubs TV sur 24 se référant à l’écologie, l’environnement, le développement durable, la qualité de vie… Le vert sert même à vendre des 4×4… qui rouleront aux biocarburants, en oubliant que cette solution n’est viable que si l’on choisit des véhicules à basse consommation, sans quoi il nous faudra choisir entre manger et rouler.

Qu’on l’appelle éco-tourisme, tourisme responsable, tourisme durable… le tourisme n’échappe pas à la vague verte. Pendant longtemps, ce tourisme soucieux de l’environnement et des cultures locales est resté marginal. Ainsi, le responsable d’une agence de voyage m’expliquait, il y a quelques années « Le problème du tourisme responsable, c’est que c’est une niche… » Ah bon ? Faire les choses bien, en essayant de rendre les lieux aussi beaux en partant qu’en arrivant, en traitant humainement les gens qui nous reçoivent sur place, c’est une niche ?

Aujourd’hui, la niche est devenue un boulevard. La consommation responsable a le vent en poupe. Une étude du CREDOC indique que 61% des Français sont prêts à payer un peu plus cher (5%) un produit jugé plus responsable – le travail des enfants étant le sujet qui les préoccupe le plus. Même son de cloche dans une étude réalisée par Ethicity et l’Ademe, ou dans le dernier rapport sur la consommation responsable de MesCoursesPourlaPlanète, qui pointe la hausse de la consommation de produits bio, par exemple. Attention quand même… cette vague du bio serait surtout liée à la volonté de préserver sa santé. Autant dire que faire du bien à la planète est d’autant plus apprécié que l’on se fait du bien à soi-même.

Et c’est là bien sûr que le tourisme est gagnant : le voyageur se fera plus plaisir dans un environnement préservé, et au contact de populations locales ayant gardé leur sourire le plus franc et le plus authentique. C’est sans doute pourquoi, selon une autre étude de la Sofres et de Voyages SNCF, 72% des voyageurs se disent intéressés par un tourisme responsable.

Les professionnels l’ont bien compris, qui s’empressent de verdir leur business avec plus ou moins de sincérité. Des groupes qui ont bétonné plage sur plage s’offrent ainsi un nouveau visage aux couleurs du développement durable… Des guides de voyage qui ont toujours privilégié les adresses les moins chères, qui ne se préoccupent guère de l’impact environnemental des adresses recommandées, et qui n’hésitent pas à envoyer les touristes au bout du monde chez « Mimile, qui est Français », se mettent à parler de respect de l’environnement et des communautés locales. En matière de tourisme comme de voitures, de machines à laver ou de lessives, in fine, seul l’oeil critique du consommateur – ou du voyageur – peut faire la différence entre le discours et la réalité.

Par Anne Gouyon, photo REST (Reponsible Ecological and Social Tours, Thailand) issue du Natural Guide Thaïlande.

février 22, 2008 at 6:27 2 commentaires


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