Les jeux olympiques : positifs pour le tourisme ?

Soyons honnêtes : je n’aime pas les jeux olympiques. Je déteste cette idéologie de la compétition entre Nations, qui me semble très éloignée des besoins du monde actuel. Je rêve d’un monde où l’Autre, qui vient d’ailleurs, n’est pas regardé comme un rival à battre, mais comme un ami dont les différences vont m’enrichir. C’est d’ailleurs tout l’esprit du tourisme positif, de viatao et des natural guide : aller se promener sur la planète, non pas en conquérant (ah, tu as « fait le Machu Pichu » cette année ? Ah, nous on a « fait » les îles grecques), mais en petit humain avide de rencontres.

Je n’aime pas la machine à sous et à vendre des boissons gazeuses et de la malbouffe que sont devenus les Jeux Olympiques, si loin de l’idéal de départ, que l’on nous ressasse comme s’il exonérait cette grande foire de tout. Et comme s’il exonérait les Chinois de la répression policière au Tibet et chez toutes leurs minorités (chez leurs majorités aussi d’ailleurs : essayez d’ouvrir un blog comme celui-ci en Chine !). Je n’aime pas les cérémonies d’ouverture kitschissimes où on fait des grosses flammes, et où on admire des milliers de Chinois habillés pareils, qui font tous le même mouvement en même temps. On est bien loin des idéaux d’écologie, de rationalité énergétique et de diversité dont l’humanité a besoin pour survivre au 21ème siècle, ceux de l’Économie Positive. À la place, on nous sert une soupe digne des pires moments du 20ème siècle, où tout ce qui compte c’est d’être plus nombreux, plus forts, plus grands…

Et bien, bonne nouvelle : malgré le battage médiatique que l’on nous sert à l’envie, les jeux olympiques, c’est un flop touristique ! Eh oui ! Vous ne me croyez pas ? Allez voir ETurboNews, la newsletter pro spécialisée sur le voyage, qui nous révèle que la pire chose qu’un pays puisse faire pour booster son tourisme c’est… d’accueillir les jeux olympiques ! Les hôteliers chinois sont d’ailleurs très déçus par les réservations et la fréquentation, bien en-dessous de ce qu’on leur avait vendu. Ca leur apprendra à avoir accepté que les lignes Internet de leurs clients soient fliquées par la police chinoise (à leur décharge, ce n’est pas non plus comme si on leur avait donné le choix). Mais apparemment, les jeux sont de manière générale une malédiction pour le tourisme : un rapport de l’ European Tour Operators Association (ETOA) explique que tous les pays qui sont accueillent les jeux voient leur tourisme décliner avant et après. Ainsi, selon le rapport : « In the case of Australia, a trend of over 10% growth in visitor arrivals turned into a decline two years before the Sydney Olympics. The stagnation persisted for more than two years after. » Et ce n’est pas que l’Australie : « A similar ‘Olympic Effect’ was apparent for four other previous Olympics – in Atlanta 1996, Barcelona 1992 and Seoul 1988, according to Deloitte. » Même chose pour Athènes, qui a perdu des visiteurs dans la période avant et après les jeux de 2004.

Rien d’étonnant si on sait comment marche le tourisme. Le tourisme préféré des hôteliers, c’est celui des clients fidèles qui reviennent chaque année. C’est celui des amoureux d’un coin du monde, qui, par le bouche à oreille, font venir leurs amis. Or ceux-ci fuient les destinations olympiques par crainte des travaux, de la hausse des prix, de la foule… Pas de visiteurs intéressés par le pays, pas de bouche à oreille. Car bien sûr les amateurs de jeux du cirque, même s’ils font une petite excursion par ci par là, ne s’intéressent guère au pays, ils sont d’abord là pour les médailles et les athlètes. Donc, ils ne reviennent pas l’année d’après, et ne disent pas à leurs amis : « j’ai été en Chine, c’était super… » Normal, tout ce qu’ils ont vu, c’est un grands stade et une foule de touristes bien encadrés de partout.

Quant à l’audience télé, toujours selon l’ETEO, il semble qu’elle soit très exagérée par le Comité Olymique, toujours en mal de sponsors (quand on vous disait que tout ça, c’est juste une histoire de gros sous). Et puis de toutes façons, en quoi le fait de regarder les jeux olympiques me donnerait envie d’aller dans le pays en question ? En effet, ça donne plutôt envie de fuir et se dire « on va attendre que tout ça se calme, que le pays soit revenu à la normale avant d’y aller ». Et en effet, c’est comme ça que ça se passe. CQFD.

Finalement, les Français, on a été bien malins de louper notre candidature aux JO. Et peu importe si on l’a pas fait exprès.

Anne Gouyon

août 12, 2008 at 3:52 Laisser un commentaire

Écotourisme avec ou sans éco ? Rendez-vous à New Delhi !

Pour ceux qui ont envie d’aller faire un petit tour chez nos amis Indiens, signalons le « Adventure & Ecotourism Travel Mart » de New Delhi, 5-7 décembre 2008, dédié à toutes les activités de tourisme nature et aventure depuis le ski, le trekking et le canoë jusqu’à, hélas, les safari en jeep et les rallyes auto… L’idée : réapprendre à découvrir et apprécier la nature. Bien. À vrai dire, on aimerait en savoir un peu plus sur les critères de sélection des exposants… dans la liste, les organisateurs nous signalent des « environmentally friendly resorts« , mais on n’en sait guère plus. Pour reprendre ma bonne vieille formule, il y a deux pièges pour l’éco-tourisme, l‘éco-tourisme sans touristes (les projets de tourisme communautaire soutenus à bout de bras par des ONGs, et on viables car sans politique commerciale), et l’éco-tourisme sans éco (les opérateurs qui surfent sur la vague du tourisme nature pour proposer des expéditions en 4×4 dans les rizières ou des tour à dos d’éléphants torturés pendant leur « dressage »). Parions donc qu’à New Delhi, nous aurons pas mal d’éco-tourisme sans éco… mais que ce sera aussi une occasion de découvrir de nouvelles destinations et sûrement pas mal d’opérateurs (ce n’est pas ce qui manque) qui se consacrent avec talent au véritable éco-tourisme, celui qui nous permet de découvrir des espaces natures dans le respect de la nature et de tous ses habitants. Alors, en route pour New Delhi ? Si vous y allez, racontez-nous.

Lien : Adventure Travel Mart

août 3, 2008 at 1:25 Laisser un commentaire

Responsable… ou aseptisé ?

Un torero de 9 ans. Photo Gerardo D. Ontiveros

Un torero de 9 ans. Photo Gerardo D. Ontiveros

Scandale lors de la Feria d’Eauze dans le Gers le 5 juillet dernier, marquée par la participation de Michelito Lagravère, un jeune torero vedette franco-mexicain âgé de seulement 11 ans. Bien que les organisateurs se soient défendus d’avoir rémunéré ce jeune participant, l’association Alliance Anticorrida a déclaré qu’il était peu probable qu’une figure aussi renommée au Mexique ait fait le déplacement gratuitement. On est bien loin en effet des bonnes pratiques sociales du tourisme responsable… Le Code du Travail interdit de faire exécuter par des enfants de moins de 16 ans « des tours de force périlleux (…) ou de leur confier des emplois dangereux pour leur vie, leur santé ou leur moralité ». La justice, qui a déjà condamné dans le passé des directeurs d’arènes ayant produit en France des toreros de moins de 16 ans, tranchera et décidera si Michelito – et son frère cadet âgé de 9 ans ! – pourront participer à d’autres ferias françaises cet été.

Choquante, l’idée d’un enfant livré face à un jeune taureau et surtout face au public, cette foule cannibale qui demande toujours plus de sensations fortes. Choquantes, les vidéos de Michelito déguisé comme un grand torero, dans un rôle qui ne paraît pas de son âge. Et choquante aussi, l’idée de ces spectacles venus du fond des temps, mettant en scène la tuerie plutôt sadique d’un animal qui n’a finalement aucune chance, quels que soient les risques pris par le torero.

Le problème c’est que bien des traditions populaires sentent le soufre, et leurs implications sociales et écologiques sont plus que douteuses, sans parler même du respect des normes de sécurité les plus élémentaires. L’Espagne en a son lot : outre les corridas, la côte Méditerranéenne célèbre en ce moment les « Moros y Cristianos« , sorte de remake de la Reconquista – la victoire des Chrétiens sur les Arabes. Pas politiquement correct du tout. Tout cela à grand coup de pétards plus proches de la fusée anti-chars que du gentil joujou, souvent vendus illégalement, et qui provoquent chaque année nombre d’accidents graves. Quant aux célèbres Fallas célébrées dans chaque ville de la côte, elles mettent en scène des statues éphémères de plusieurs mètres de haut, peintes de couleurs vives et brûlées à la fin de la fête dans un nuage de fumées toxiques – autrefois ces statues étaient en papier mâché, mais elles sont aujourd’hui en plastique, plus facile à mouler et moins cher.

Un petit tour du monde des fêtes traditionnelles révèlerait son lot d’artefacts incendiés au bout de quelques jours, d’animaux sacrifiés, de mise en scène de la violence ou de l’exploitation de la femme.. À Bali, les touristes admirent les jolies cérémonies en oubliant que ce sont les femmes qui en payent le prix, passant des heures à fabriquer des offrandes et portant sur leur tête des piles de fruits de plusieurs mètres de haut.

Petit à petit, les pires aspects de ces cérémonies sont effacées au fur et à mesure des protestations et des réglementations. On ne peut que s’en réjouir. Vraiment ? C’est oublier que l’excès, la démesure, la violence, la transgression, sont précisément la raison d’être de ces fêtes, sorte d’exutoire populaire de pulsions plus ou moins avouables que nous abritons tous et qui, si elles devaient exploser au jour le jour, rendraient la société invivable. En bannissant l’excès, quels nouveaux exutoires allons nous offrir à la société ? Les jeux vidéo, les tranquillisants, les films de Hollywood de plus en plus violents ? Pas sûrs que l’on y gagne au change. En attendant, cet été est une bonne occasion de faire le tour des Ferias de France, dont le site Festivals en France nous dresse une liste. Bonnes fêtes !

juillet 17, 2008 at 12:17 Laisser un commentaire

Vivent les vacances à la ferme

Les vacances arrivent et il est temps de faire ses valises. Et si cette année l’aventure était au coin d’un chemin de campagne ? Eh oui, les vacances à la ferme sont une bonne façon de passer des vacances écolos et authentiques, sans émettre une tonne de gaz à effet de serre pour aller à l’autre bout du monde.

Voici donc une petite sélection de sites Internet consacrés au tourisme à la ferme.

Commençons par Bienvenue à la ferme, qui propose plusieurs centaines d’adresses d’hébergement dans toute la France. Avec des formules classiques (gîte, camping à la ferme…) mais aussi d’autres plus tendance, qui nous proposent d’éveiller tous nos sens. Je démarre par la formule « apéritif sur le vigneron », et choisis le Mas Poupéras près de Vaison-la-Romaine, qui me propose une dégustation des vins du domaine accompagnée de pâté, caillette, fougasse, fromage de chèvre, légumes et fruits de saison… Les plus gourmands pourront choisir parmi les nombreux stages de cuisine proposés sur le site de Bienvenue à la ferme, et les plus écolos bien sûr choisiront une ferme bio. Les plus sérieux choisiront une formule découverte ou formule pédagogique, qui permet de s’initier, ou de faire initier ses enfants, aux joies de l’agriculture. Et en cherchant bien, le site recèle de vraies perles, comme cette ferme musicale bio qui, outre des stages de cuisine, propose des ateliers d’éveil musical et des cours de percussion. Un bon point : le moteur de recherches multi-critères très pratique pour trouver votre bonheur.

Plus militant, le site d’Accueil Paysan propose un grand choix de gîtes, campings, auberges et chambres d’accueil, à choisir par région.

Si votre ligne vous préoccupe, l’association Forme en Ferme, dédiée à la vie saine, propose des séjours dans des fermes adhérentes, dont les exploitants ont reçu une formation sur les liens entre alimentation et santé, et qui proposent aussi des activités sportives : randonnées, piscine, vélos, VTT… Belle formule mais hélas, le site Internet a tendance à bugger un peu.

Plus hédoniste, le site d’agrivacances, dédié à l’agritourisme en PACA (Provence – Alpes – Côte d’Azur) propose des séjours à la ferme avec dégustations de vins, olives, huile d’olive, légumes, fruits, confitures, fromages, miels… dans des sites souvent enchanteurs.

Et pour ceux qui sont coincés en région parisienne, il reste toujours la possibilité d’aller se rafraîchir les neurones à la Ferme de Sainte-Marthe, où Philippe Desbrosses, un grand expert, praticien et défenseur de l’agriculture biologique en France, a créé l’association Intelligence Verte consacrée à la promotion de la biodiversité naturelle et humaine. Conférences, stages de jardinage bio ou de cuisine bio, stages « vivre et travailler autrement »… de quoi passer un été intelligent.

Anne Gouyon

juillet 10, 2008 at 5:56 Laisser un commentaire

L’aviation va devoir compenser ses émissions de carbone

Les émissions de carbone du transport aérien sont régulièrement sur la sellette : elles représentent environ 3 à 5% de l’effet de serre mondial, et avec un seul voyage aérien longue distance, un voyageur consomme en une seule fois le quota d’émissions compatible avec une stabilisation du climat (environ 500 kg d’équivalent carbone par personne par an). En gros cela signifie qu’une fois que vous avez fait un Paris-New York en avion (696 kg d’émissions de carbone, cf. les calculs sur le site de JM Jancovici), vous pouvez arrêter de manger, de vous chauffer, de prendre la voiture, etc.

Face à cela, deux possibilités. La première consiste à prendre moins l’avion et de redécouvrir des destinations plus proches, que l’on peut visiter en train. Et le deuxième consiste à « compenser » ses émissions. De quoi s’agit-il ? De financer un projet de réductions d’émissions de gaz à effet de serre en quantité équivalente à celle du trajet d’avion effectué. Et même, si possible, légèrement supérieure : ainsi l’impact total de votre voyage et de votre achat de « crédits carbone » sera positif pour le climat.

Cette option est disponible aujourd’hui sur la base du volontariat : en gros, rien n’oblige une compagnie aérienne ou un voyageur à compenser ses émissions. Certains sites proposent d’acheter des crédits carbones sur le marché « volontaire », c’est le cas d’Action Carbone par exemple. Avec les fonds ainsi collectés, ils financent des projets de reboisement, de développement des énergies renouvelables, ou de réduction de la consommation d’énergie dans des pays du Sud. Une bonne façon de marier responsabilité environnementale et solidarité internationale.

De plus en plus de compagnies, comme British Airways qui a été une des premières à le faire, proposent ainsi à leurs passagers cette compensation volontaire en option. Ainsi, si j’achète un Paris-Londres en avion sur le site de British Airways, je peux payer 2,10€ en plus pour financer un projet d’installations éoliennes en Chine qui compensera les émissions de mon vol. Mais cela reste mon choix, et un choix encore bien trop marginal par rapport aux enjeux. À terme, le transport aérien devra donc intégrer de manière systématique, comme tous les autres secteurs de l’économie, le coût de la compensation de ses émissions.

C’est ce qui va se passer en Europe à partir de 2012. Les députés européens et la Présidence du Conseil sont parvenus à un accord sur l’inclusion du transport aérien dans le système européen d’échanges de quotas d’émissions. Les principaux éléments de cet accord sont les suivants :
– Tous les vols au départ ou à destination de l’Europe (y compris les vols intercontinentaux) seront inclus dans le système européen d’échanges de quotas d’émissions à partir de 2012 ;
– L’Union Européenne est tenue de rechercher un accord sur des mesures mondiales en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre produites par l’aviation. Des accords bilatéraux, avec les États-Unis par exemple, pourraient constituer un premier pas ;
– 85% des certificats d’émissions seront attribués gratuitement conformément à un comparatif européen commun, et 15% seront mis aux enchères.
Les émissions des compagnies aériennes devront être réduites de 3% en 2012 et de 5% à partir de 2013 par rapport à la moyenne de leurs émissions annuelles entre 2004 et 2006. Les revenus générés par la mise aux enchères des permis d’émissions seront affectés à la recherche pour des transports aériens propres, aux transports faiblement émetteurs et à la lutte contre la déforestation dans les pays en développement.
Pour en savoir plus : le communiqué de presse de l’Union Européenne.

Anne Gouyon

juillet 7, 2008 at 6:58 Laisser un commentaire

Sur la côte espagnole, le tourisme positif se joue au niveau local

Le port de Javea (c) Axel Springer

Le port de Javea (c) Marcos Castellano

Il est 20 heures au coeur de Javea, sur la Costa Blanca espagnole. En ce début de juillet, la température frise les 30°. Pourtant, les habitants du village ne sont pas massés devant une bière fraîche et quelques tapas : ayant répondu à l’appel de la Plateforme Civique de Défense du Territoire et du Littoral, ils sont venus manifester devant la mairie. Leurs pancartes: « NON! À l’extension du Port! OUI! À un aménagement concerté et durable ! »

Eh oui, il ne faudrait pas l’oublier, le tourisme positif, c’est avant tout au niveau des collectivités locales qu’il se joue. Pour avoir négligé le long terme, la plupart des mairies de la Costa Blanca, cette bande de plages blanches qui s’étend au Sud de Valence, se sont laissé envahir par le béton. Résultat : elles n’ont attiré qu’un tourisme de masse, très destructeur pour les ressources naturelles, et peu producteur de valeur ajoutée. Une fois les terrains vendus, les profits ont largement été réalisés par des sociétés de construction extérieures à la région. Les constructions sont de faible qualité – La Courneuve au soleil – et prennent surtout la forme d’immeubles d’habitations secondaires, occupés une faible partie de l’année, et qui, contrairement à l’hôtellerie, génèrent peu d’emplois.

Le village de Xabia a eu de la chance. Ses côtes sont surtout rocheuses et ont peu intéressé les promoteurs, que la Municipalité, au fil des ans, a su tenir en respect en évitant les grands immeubles. Et le maire actuel, prenant acte des nouvelles tendances du tourisme durable, entend bien faire de sa commune un exemple de tourisme de qualité.

Alors, et ce port ? Il est maintenant 21 heures. Le Conseil Municipal vient d’entamer une session extraordinaire. L’ordre du jour : voter pour ou contre un projet d’extension du Port soutenu par la Région. Le Maire rappelle les faits : « Ce projet, cela fait 8 ans qu’il a été proposé par une Société de construction. Huit ans qu’il a été rejeté par le conseil municipal et la population. Moi-même j’ai été réélu sur la base d’un programme de rejet de cette extension du Port. » C’est qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. L’idée : transformer le paisible petit port de pêche de Xabia en un vaste port accueillant des bateaux de plaisance, comme dans la ville voisine de Dénia. Un projet qui détruirait le littoral et l’ambiance du port, transformant en parking les espaces paisibles où les familles viennent se promener. Un projet soutenu notamment par une partie des commerçants, qui espèrent en retirer une hausse de leur activité. Mais largement rejeté par la population, comme en attestent les nombreux opposants massés devant la salle du conseil, qui applaudissent avec enthousiasme les déclarations du Maire.

Au bout de deux heures de délibération, le conseil vote finalement, encore une fois, Non au projet d’extension du Port. L’environnement a gagné. Mais pour combien de temps ? Pour continuer à préserver la beauté tranquille du Port de pêche du village, il va falloir combiner ce modèle de conservation avec une valorisation des atouts de la région : attirer une clientèle touristique de qualité, proposer de nouvelles attractions comme la dégustation de poisson frais, peut-être des promenades en mer… Le tourisme positif, c’est aussi des créations d’emploi à haute valeur ajoutée, permettant de proposer à la population une alternative au bétonnage sauvage.

Anne Gouyon

juillet 7, 2008 at 12:50 Laisser un commentaire

Le tourisme médusé

Dans « Vingt mille lieues sous les mers », Jules Verne décrivait des océans vidés de leurs poissons et « encombrés de méduses ». Sa prédiction est-elle en train de se réaliser ? Un petit tour sur les plages de la Méditerranée semblerait le confirmer. Les coupables : le réchauffement climatique, la surpêche et la pollution. Allons-nous devoir nous baigner en combinaison ? Les méduses vont-elles remplacer les poissons dans les mers et dans nos assiettes ? Tout dépend des choix que feront les acteurs du tourisme : continuer à dégrader l’environnement ou chercher à le restaurer.

Drapeau signalant des méduses en Méditerranée, source 20 minutes.

Méduses contre poissons

Un article du Point décrit l’attaque d’un banc de méduses sur un élevage de poissons en Irlande : « La mer était rouge de sang. En trente ans je n’avais jamais vu une chose pareille, explique l’éleveur traumatisé. Elles sont arrivées par milliers, se sont collées aux cages. Avec leurs tentacules, elles ont injecté leur venin dans les poissons, puis les ont amenés à leur bouche. » Impossible de lutter : les bateaux de l’éleveur sont englués dans la masse gélatineuse de millions de méduses. Lorsqu’ils atteignent enfin les cages, il ne reste plus rien des 100 000 saumons bios de cet élevage qui était le fournisseur officiel d’Elisabeth II. Le lendemain, un essaim de méduses de 25 kilomètres carrés sur 13 mètres de profondeur détruisait les 140 000 poissons d’un élevage voisin. Un scénario d’épouvante qui se retrouve dans le monde entier, sur les élevages de poissons ou de crevettes.

Méduses contre baigneurs

Les humains ne sont pas épargnés. En Australie, toujours selon l’article du Point, les méduses ont transformé en cauchemar les épreuves de nage en eau libre des derniers championnats du monde de natation : les nageurs ont dû abandonner ou sortir boursouflés de piqûres. Une des espèces les plus répandues, la Pelagia noctiluca, est devenue en 5 ans une menace sévère pour le tourisme de plage en Méditerranée. « C’est du jamais-vu. Il y a des échouages massifs de méduses toute l’année », s’inquiète Gabriel Gorsky, chercheur à l’observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer.

C’est ainsi que sur les plages espagnoles, les touristes devront s’habituer à voir de plus en plus souvent, à coté des habituels drapeaux vert, orange et rouge, un sinistre drapeau bleu et blanc aux emblèmes de la méduse. En 2006, année particulièrement sinistrée, Cannes avait dû fermer ses plages, et la Sardaigne entière a été imbaignable pendant une bonne partie de l’été. Et de nombreux touristes ont annulé leurs séjours vers l’Espagne.

Déséquilibres écologiques

Mais des méduses, il y en a toujours eu en Méditerranée ? Oui, mais elles sont les grandes gagnantes des déséquilibres subis par les écosystèmes, et en particulier du réchauffement climatique. Les méduses, qui raffolent de l’eau chaude, se reproduisent de plus en plus vite et étendent leur territoire. Et ce d’autant plus que leur pire ennemi, les tortues, disparaissent à toute allure… « Le réchauffement climatique acidifie les océans. Comme il pleut moins, les quantités d’eau douce déversées dans les mers diminuent, ce qui augmente la salinité », explique au Point Laurent Soulier, directeur de l’Institut des milieux aquatiques, à Bayonne. Or ce sel qui acidifie l’eau empêche les jeunes tortues de se fabriquer une carapace.

Pollutions et surpêche

La pollution bénéficie aussi aux méduses, organisme archaïque extrêmement résistant. Elles se développent à tout-va grâce aux nitrates, aux phosphates et aux engrais agricoles déversés dans les rivières. Ceux-ci alimentent le zooplancton, dont elles se nourrissent. La mer Rouge et la Baltique, saturées de polluants, ont déjà pris l’allure de véritables soupes de méduses. En mer Noire, elles représentent 90 % du volume de la faune aquatique, et prolifèrent d’autant plus que la surpêche a décimé tous leurs concurrents comme les anchois, harengs et sardines avec qui elles partageaient la gamelle.

Une autre forme de pollution chimique, les résidus de pilules contraceptives et de traitements hormonaux, boostent aussi les méduses. Et oui, l’urine des femmes qui suivent ces traitements, chargée en oestrogènes, se retrouve dans les rivières. Là, elles perturbent la reproduction des poissons : les mâles se féminisent. Les méduses, plus rudimentaires, asexuées, ne sont pas perturbées, et en profitent pour se multiplier. Un véritable cercle vicieux : « Au fur et à mesure que la population de méduses augmente, les poissons trouvent de moins en moins à manger », prévient le biologiste Martin Attrill, professeur à l’université de Plymouth, en Grande-Bretagne.

Agir pour un tourisme positif

Les acteurs du tourisme, jusqu’ici, ont contribué à la dégradation des plages et des eaux marines, notamment en rejetant leurs eaux usées dans les mers, où elles viennent notamment nourrir le zooplancton et les méduses. Si ils ne veulent pas voir les touristes fuir leurs plages médusées, il est temps pour eux d’agir et de participer à la restauration de l’environnement littoral.

Les première mesures prises sont surtout palliatives : selon Le Point, la municipalité de Cannes a déboursé 80 000 euros pour s’équiper en filet antiméduses auprès de la Lyonnaise des Eaux, et une dizaine d’autres municipalités lui ont emboîté le pas. Le gouvernement espagnol finance des recherches sur les méduses et des campagnes de pêche préventive pour en faire baisser le nombre – triste reconversion pour les pêcheurs qui n’ont plus de poisson à capturer après avoir vidé les mers.

Et si l’on cherchait plutôt à traiter le problème à la source ? Lutter contre le réchauffement climatique par tous les moyens disponibles, et notamment en limitant, au sein du tourisme, le recours aux carburants fossiles pour le transport et pour les bâtiments. Il est inadmissible qu’en 2008, des hôtels en Méditerranée continuent à brûler du fioul ou du gaz pour chauffer leurs chambre, leur eau chaude ou se climatiser. Le toit de ces hôtels représente un gisement d’énergie solaire inutilisé, à équiper de toute urgence en panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques.

Les collectivités du littoral ont aussi beaucoup à faire pour cesser de polluer, et même pour dépolluer les eaux. Traiter les eaux usées, les réutiliser après traitement… en installant systématiquement des stations d’épuration végétales, comme celles proposées par Phytorestore, qui ne dégradent pas le paysage et au contraire l’embellissent en créant des espaces humides paysagés, riches en biodiversité. Et bien sûr enfin mettre en place des politiques d’approvisionnement en poisson qui permettent de régénérer les stocks de poisson dans la mer : limiter la surpêche, permettre la régénération des alevins, mettre en place des élevages biologiques pour limiter la pression sur les stocks de poisson sauvage.

Avec un petit effort, l’année des méduses redeviendra ce qu’elle a toujours été : un évènement rare, témoin d’un déséquilibre des écosystèmes occasionnel, et non systématique. Au travail !

Participer à créer un tourisme durable et positif sur Internet :www.viatao.com

En savoir plus sur la lutte contre le réchauffement climatique et l’économie positive, qui restaure les écosystèmes : www.reparerlaplanete.com.

juin 12, 2008 at 11:10 1 commentaire

Articles précédents Articles Plus Récents


Langues

English français

Tenez-vous au courant de l'actualité Web du tourisme!

Ce blog partage avec vous notre vision d'un tourisme positif pour l'environnement et les communautés, que vous retrouverez sur Viatao, notre site web 2.0, et dans les guides de voyage Natural Guide. Laissez vos commentaires !

Les auteurs du blog: