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Le tourisme médusé

Dans « Vingt mille lieues sous les mers », Jules Verne décrivait des océans vidés de leurs poissons et « encombrés de méduses ». Sa prédiction est-elle en train de se réaliser ? Un petit tour sur les plages de la Méditerranée semblerait le confirmer. Les coupables : le réchauffement climatique, la surpêche et la pollution. Allons-nous devoir nous baigner en combinaison ? Les méduses vont-elles remplacer les poissons dans les mers et dans nos assiettes ? Tout dépend des choix que feront les acteurs du tourisme : continuer à dégrader l’environnement ou chercher à le restaurer.

Drapeau signalant des méduses en Méditerranée, source 20 minutes.

Méduses contre poissons

Un article du Point décrit l’attaque d’un banc de méduses sur un élevage de poissons en Irlande : « La mer était rouge de sang. En trente ans je n’avais jamais vu une chose pareille, explique l’éleveur traumatisé. Elles sont arrivées par milliers, se sont collées aux cages. Avec leurs tentacules, elles ont injecté leur venin dans les poissons, puis les ont amenés à leur bouche. » Impossible de lutter : les bateaux de l’éleveur sont englués dans la masse gélatineuse de millions de méduses. Lorsqu’ils atteignent enfin les cages, il ne reste plus rien des 100 000 saumons bios de cet élevage qui était le fournisseur officiel d’Elisabeth II. Le lendemain, un essaim de méduses de 25 kilomètres carrés sur 13 mètres de profondeur détruisait les 140 000 poissons d’un élevage voisin. Un scénario d’épouvante qui se retrouve dans le monde entier, sur les élevages de poissons ou de crevettes.

Méduses contre baigneurs

Les humains ne sont pas épargnés. En Australie, toujours selon l’article du Point, les méduses ont transformé en cauchemar les épreuves de nage en eau libre des derniers championnats du monde de natation : les nageurs ont dû abandonner ou sortir boursouflés de piqûres. Une des espèces les plus répandues, la Pelagia noctiluca, est devenue en 5 ans une menace sévère pour le tourisme de plage en Méditerranée. « C’est du jamais-vu. Il y a des échouages massifs de méduses toute l’année », s’inquiète Gabriel Gorsky, chercheur à l’observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer.

C’est ainsi que sur les plages espagnoles, les touristes devront s’habituer à voir de plus en plus souvent, à coté des habituels drapeaux vert, orange et rouge, un sinistre drapeau bleu et blanc aux emblèmes de la méduse. En 2006, année particulièrement sinistrée, Cannes avait dû fermer ses plages, et la Sardaigne entière a été imbaignable pendant une bonne partie de l’été. Et de nombreux touristes ont annulé leurs séjours vers l’Espagne.

Déséquilibres écologiques

Mais des méduses, il y en a toujours eu en Méditerranée ? Oui, mais elles sont les grandes gagnantes des déséquilibres subis par les écosystèmes, et en particulier du réchauffement climatique. Les méduses, qui raffolent de l’eau chaude, se reproduisent de plus en plus vite et étendent leur territoire. Et ce d’autant plus que leur pire ennemi, les tortues, disparaissent à toute allure… « Le réchauffement climatique acidifie les océans. Comme il pleut moins, les quantités d’eau douce déversées dans les mers diminuent, ce qui augmente la salinité », explique au Point Laurent Soulier, directeur de l’Institut des milieux aquatiques, à Bayonne. Or ce sel qui acidifie l’eau empêche les jeunes tortues de se fabriquer une carapace.

Pollutions et surpêche

La pollution bénéficie aussi aux méduses, organisme archaïque extrêmement résistant. Elles se développent à tout-va grâce aux nitrates, aux phosphates et aux engrais agricoles déversés dans les rivières. Ceux-ci alimentent le zooplancton, dont elles se nourrissent. La mer Rouge et la Baltique, saturées de polluants, ont déjà pris l’allure de véritables soupes de méduses. En mer Noire, elles représentent 90 % du volume de la faune aquatique, et prolifèrent d’autant plus que la surpêche a décimé tous leurs concurrents comme les anchois, harengs et sardines avec qui elles partageaient la gamelle.

Une autre forme de pollution chimique, les résidus de pilules contraceptives et de traitements hormonaux, boostent aussi les méduses. Et oui, l’urine des femmes qui suivent ces traitements, chargée en oestrogènes, se retrouve dans les rivières. Là, elles perturbent la reproduction des poissons : les mâles se féminisent. Les méduses, plus rudimentaires, asexuées, ne sont pas perturbées, et en profitent pour se multiplier. Un véritable cercle vicieux : « Au fur et à mesure que la population de méduses augmente, les poissons trouvent de moins en moins à manger », prévient le biologiste Martin Attrill, professeur à l’université de Plymouth, en Grande-Bretagne.

Agir pour un tourisme positif

Les acteurs du tourisme, jusqu’ici, ont contribué à la dégradation des plages et des eaux marines, notamment en rejetant leurs eaux usées dans les mers, où elles viennent notamment nourrir le zooplancton et les méduses. Si ils ne veulent pas voir les touristes fuir leurs plages médusées, il est temps pour eux d’agir et de participer à la restauration de l’environnement littoral.

Les première mesures prises sont surtout palliatives : selon Le Point, la municipalité de Cannes a déboursé 80 000 euros pour s’équiper en filet antiméduses auprès de la Lyonnaise des Eaux, et une dizaine d’autres municipalités lui ont emboîté le pas. Le gouvernement espagnol finance des recherches sur les méduses et des campagnes de pêche préventive pour en faire baisser le nombre – triste reconversion pour les pêcheurs qui n’ont plus de poisson à capturer après avoir vidé les mers.

Et si l’on cherchait plutôt à traiter le problème à la source ? Lutter contre le réchauffement climatique par tous les moyens disponibles, et notamment en limitant, au sein du tourisme, le recours aux carburants fossiles pour le transport et pour les bâtiments. Il est inadmissible qu’en 2008, des hôtels en Méditerranée continuent à brûler du fioul ou du gaz pour chauffer leurs chambre, leur eau chaude ou se climatiser. Le toit de ces hôtels représente un gisement d’énergie solaire inutilisé, à équiper de toute urgence en panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques.

Les collectivités du littoral ont aussi beaucoup à faire pour cesser de polluer, et même pour dépolluer les eaux. Traiter les eaux usées, les réutiliser après traitement… en installant systématiquement des stations d’épuration végétales, comme celles proposées par Phytorestore, qui ne dégradent pas le paysage et au contraire l’embellissent en créant des espaces humides paysagés, riches en biodiversité. Et bien sûr enfin mettre en place des politiques d’approvisionnement en poisson qui permettent de régénérer les stocks de poisson dans la mer : limiter la surpêche, permettre la régénération des alevins, mettre en place des élevages biologiques pour limiter la pression sur les stocks de poisson sauvage.

Avec un petit effort, l’année des méduses redeviendra ce qu’elle a toujours été : un évènement rare, témoin d’un déséquilibre des écosystèmes occasionnel, et non systématique. Au travail !

Participer à créer un tourisme durable et positif sur Internet :www.viatao.com

En savoir plus sur la lutte contre le réchauffement climatique et l’économie positive, qui restaure les écosystèmes : www.reparerlaplanete.com.

juin 12, 2008 at 11:10 1 commentaire

Dessine moi… un avion écolo.

avion solaire - source : ESA
Des avions ultra-légers qui carburent aux algues… des planeurs silencieux ornés de panneaux solaires, traversant les continents… J’en ai rêvé, Airbus et Boeing le feront-ils un jour ? Nouvelles de la planète avion-écolo, des ennemis bien difficiles à réconcilier.


Comment, tu prends encore l’avion ? Tu n’as pas honte ? Et la planète, alors ? »
C’est entendu, prendre l’avion en 2008, ce n’est pas très « tourisme responsable ». Le transport aérien représente 4% des émissions de gaz à effet de serre, et un seul Paris-New York aller-retour représente 700 kg d’équivalent carbone émis dans l’atmosphère, alors que chaque Terrien devrait en émettre 500 kg maximum pour stopper la progression du changement climatique. Ajoutons-y les nuisances sonores, les oiseaux grillés dans les moteurs des jets, et les pluies acides liées aux polluants… alors, haro sur l’avion ?

Pas si simple. L’avion à bon marché, c’est aussi la démocratisation du voyage, des échanges, une forme de liberté. Allez dire aux millions de Chinois qui rêvent de visiter Versailles de ne pas prendre l’avion… Et de Singapour à Bombay, les grues tournent pour fabriquer les aéroports « low-cost » de demain.

Les fabriquants d’avion ont pris note du dilemme. Ils savent bien que leurs clients font face à la hausse du prix du pétrole et du coût des émissions de gaz à effet de serre, d’autant plus que l’Union Européenne prévoit d’assujettir l’aviation aux quotas d’émissions de CO2 dès 2011. La contrainte étant mère de la créativité, Airbus, Boeing et la sphère de leurs fournisseurs cherchent des réponses.

Première piste, des avions plus efficaces. Par exemple, l’A380. Parce qu’il peut emporter jusqu’à 850 passagers et parce qu’il bénéficie des dernières prouesses technologiques, ce géant de 80 m de long nous promet une consommation de « seulement » 3 litres de kérozène au 100 km/passager. Soit, ce que vous consommeriez tout seul dans une Citroën C1. Seulement voilà, peu de chance que vous parcouriez 15000 km dans votre C1… le problème de l’avion, ce n’est pas seulement les émissions de gaz à effet de serre au km, mais bien les km parcourus. Il n’en reste pas moins que les nouveaux avions sont environ 30% plus efficaces que les précédents : c’est déjà ça.

Deuxième piste : les nouveaux matériaux. Boeing reprend l’avantage avec son B787, annoncé pour 2008, plus léger grâce à plus de 50% de fibre de carbone dans son fuselage… comme son concurrent l’A350, hélas très en retard. Là encore, des économies de carburant de l’ordre de 20% sont attendues.

Troisième piste : les nouveaux carburants. Airbus reprend l’avantage en étant le premier à avoir fait voler, le 31 janvier, un avion au gaz naturel liquéfié. Les émissions de CO2 restent hélas les mêmes, mais celles de soufre et d’oxyde d’azote sont réduites. Mais l’avenir, ce sont bien sûr les biocarburants. Allons-nous pour autant voler avec du maïs volé, c’est le cas de le dire, aux estomacs des Mexicains ? Ce n’est pas une bonne idée. Mais en testant l’incorporation d’agrocarburants au kérosène, Boeing et Airbus ouvrent la voie à l’utilisation d’autres biocarburants dits de « deuxième » ou « troisième » génération, produits par exemple à partir de micro-algues ou de jatropha, un buisson que l’on peut cultiver dans les déserts. Ils pourraient valoriser des surfaces non dédiées à l’agriculture aujourd’hui.

Dernière piste, cantonnée à la recherche pour le moment : les avions solaires… Testé par l’Agence Spatiale Européenne en partenariat avec Dassault et Altran, le SolarImpulse mesure 70 mètres d’envergure, et n’embarque que son conducteur. On est loin du tourisme de masse. Mais ce planeur futuriste a déjà fait 5500 km et devrait démarrer son tour du monde prochainement.

Bon d’accord, tout cela fait un peu science-fiction. Mais après tout, le rêve d’Icare, pendant longtemp, a paru inaccessible. Alors qui sait ce que, demain, de nouveaux rêveurs sauront faire ?

Par Anne Gouyon. En savoir plus : www.reparerlaplanete.com

février 5, 2008 at 11:25 1 commentaire


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