Posts tagged ‘tourisme durable’

Dur, dur, pour le tourisme durable ?

On ne cesse de le répéter : les Français veulent consommer durable, responsable, écolo. Chaque année qui passe nous livre sa batterie de sondages bien pensants. Ainsi, en France, selon deux études récentes (Ethicity et Credoc) 61 à 65% de Français se déclarent prêts à donner la préférence à des produits à valeur ajoutée éthique, y compris en payant un supplément de prix de 5% (Credoc). Et pour surfer sur cette vague, les grandes collections de guides nous sortent toutes leur guide responsable, que ce soit le Routard du Tourisme Durable (ce qui suppose donc que le reste des Guides du Routard fait la promotion d’un tourisme non durable ?) ou le Petite Futé spécial Tourisme Solidaire.

Mais la vérité est-elle si rose ? Suffit-il de labelliser un produit « Tourisme responsable » ou « Tourisme durable » pour voir décoller ses ventes ? Sûrement pas. Comme le rappelle Pascal Languillon, créateur du site Voyages pour la Planète, « la demande de tourisme durable progresse doucement, face à d’autres « produits » qui ont décollé bien plus vite comme les spas ». L’échec du lancement de la collection Écotourisme Magazine, qui proposait pourtant des contenus de grande qualité et une maquette superbe, rappelle aussi qu’il ne suffit pas d’être éthique pour être chic aux yeux des consommateurs.

Alors, ces sondages ? Soyons réaliste. Si un enquêteur vous appelle au téléphone pour vous demander si vous êtes prêts à donner la préférence à un produit « éthique » ou « responsable », vous allez lui répondre quoi ? Eh bien que oui bien sûr. Et ensuite quand vous êtes dans les rayons de votre supermarché ou face au catalogue de votre agence de voyage, vous faites quoi ? Eh bien comme tout le monde, vous cherchez le produit le plus alléchant au meilleur coût (ça s’appelle un rapport qualité-prix, c’est vieux comme le monde) et si en plus il est durable, responsable et éthique, tant mieux ! Une bonne raison de plus pour l’acheter ! Mais ce sera très rarement votre critère numéro 1. C’est d’ailleurs ce que Tristan Lecomte, fondateur de la marque de produits équitables Alter-Éco, a toujours souligné : « Pour qu’un produit de l’artisanat équitable ait du succès, il faut avant tout qu’il soit beau et de bonne qualité ». Et tant pis pour l’hypocrisie des sondages.

Alors, faut-il jeter le bébé du tourisme durable avec l’eau du bain du tourisme de masse ? Pas du tout. Car comme le souligne Pascal Languillon, « il y a quand même une forte progression et un engagement de plus en plus fort au niveau professionnel : hôtels, gîtes, chambres d’hôtes etc. » Idem chez les agences de voyage, comme le montre le succès croissant du label ATR (Association pour un tourisme responsable). Ce qui nous ramène à une vérité fondamentale : l’engagement pour un tourisme responsable ne doit pas venir d’une seule volonté marketing, mais du désir sincère et profond de faire les choses bien, tout simplement.

Et derrière, pour tous ceux qui comme nous veulent faire la promotion d’un tourisme plus positif pour l’environnement et les communautés locales, un message reste clair : ce tourisme doit avant tout être sympa et correspondre à la demande des voyageurs.

CQFD.

Anne Gouyon

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décembre 3, 2008 at 7:05 Laisser un commentaire

En route vers le tourisme utile

Projet de Passworld en Ouganda

Projet de Passworld en Ouganda

Marre de bronzer idiot ? Bienvenue dans le monde du volontourisme, ou tourisme utile. Derrière cet acronyme barbare se cache une idée toute simple. D’une part, il existe dans le monde des associations et des entrepreneurs qui mènent des projets épatants – construire des écoles dans les bidonvilles, protéger des espèces animales en danger ou proposer du micro-crédit à des entrepreneurs. Et d’autre part, il existe des millions de femmes et d’hommes de bonnes volontés et de tous âges qui ont compris ce que nous expliquent de plus en plus de psys : la meilleure façon d’être heureux, c’est de donner, et en particulier donner de soi-même et de son temps, en s’impliquant pour ce à quoi l’on croit. Avant de plaquer votre job pour monter votre association ou créer votre entreprise sociale, vous pouvez déjà tester vos motivations en passant des vacances utiles. Oui, mais par où commencer ?

Par exemple en contactant la jeune association française PassWorld qui propose des missions de bénévolat de 2 à 8 semaines dans des projets du domaine social ou environnemental dans des pays émergents. La mission est financée par le bénévole, sous forme de dons en partie déductibles des impôts. L’idée maligne : Passworld propose même un outil de collecte de fonds, un peu sur le principe de la liste de mariage. Sur le site, vous pouvez recueillir les dons de connaissances intéressées à financer votre cause et votre voyage utile.

Pas convaincu ? Allez voir la liste des missions, qui marient l’utile à l’agréable : protection des tortues luths au Gabon, formation de jeunes entrepreneurs au Togo, sensibilisation et formation des Pygmées du Cameroun pour qu’ils apprennent à défendre leurs droits…; Dis, on part quand ?

Pour trouver d’autres idées, on peut aussi acheter le Guide du Voyage Utile aux Éditions Dakota : 230 adresses d’organisations qui accueillent des volontaires dans le monde entier.

Anne Gouyon

novembre 23, 2008 at 5:23 Laisser un commentaire

Sur la côte espagnole, le tourisme positif se joue au niveau local

Le port de Javea (c) Axel Springer

Le port de Javea (c) Marcos Castellano

Il est 20 heures au coeur de Javea, sur la Costa Blanca espagnole. En ce début de juillet, la température frise les 30°. Pourtant, les habitants du village ne sont pas massés devant une bière fraîche et quelques tapas : ayant répondu à l’appel de la Plateforme Civique de Défense du Territoire et du Littoral, ils sont venus manifester devant la mairie. Leurs pancartes: « NON! À l’extension du Port! OUI! À un aménagement concerté et durable ! »

Eh oui, il ne faudrait pas l’oublier, le tourisme positif, c’est avant tout au niveau des collectivités locales qu’il se joue. Pour avoir négligé le long terme, la plupart des mairies de la Costa Blanca, cette bande de plages blanches qui s’étend au Sud de Valence, se sont laissé envahir par le béton. Résultat : elles n’ont attiré qu’un tourisme de masse, très destructeur pour les ressources naturelles, et peu producteur de valeur ajoutée. Une fois les terrains vendus, les profits ont largement été réalisés par des sociétés de construction extérieures à la région. Les constructions sont de faible qualité – La Courneuve au soleil – et prennent surtout la forme d’immeubles d’habitations secondaires, occupés une faible partie de l’année, et qui, contrairement à l’hôtellerie, génèrent peu d’emplois.

Le village de Xabia a eu de la chance. Ses côtes sont surtout rocheuses et ont peu intéressé les promoteurs, que la Municipalité, au fil des ans, a su tenir en respect en évitant les grands immeubles. Et le maire actuel, prenant acte des nouvelles tendances du tourisme durable, entend bien faire de sa commune un exemple de tourisme de qualité.

Alors, et ce port ? Il est maintenant 21 heures. Le Conseil Municipal vient d’entamer une session extraordinaire. L’ordre du jour : voter pour ou contre un projet d’extension du Port soutenu par la Région. Le Maire rappelle les faits : « Ce projet, cela fait 8 ans qu’il a été proposé par une Société de construction. Huit ans qu’il a été rejeté par le conseil municipal et la population. Moi-même j’ai été réélu sur la base d’un programme de rejet de cette extension du Port. » C’est qu’il y a beaucoup d’argent en jeu. L’idée : transformer le paisible petit port de pêche de Xabia en un vaste port accueillant des bateaux de plaisance, comme dans la ville voisine de Dénia. Un projet qui détruirait le littoral et l’ambiance du port, transformant en parking les espaces paisibles où les familles viennent se promener. Un projet soutenu notamment par une partie des commerçants, qui espèrent en retirer une hausse de leur activité. Mais largement rejeté par la population, comme en attestent les nombreux opposants massés devant la salle du conseil, qui applaudissent avec enthousiasme les déclarations du Maire.

Au bout de deux heures de délibération, le conseil vote finalement, encore une fois, Non au projet d’extension du Port. L’environnement a gagné. Mais pour combien de temps ? Pour continuer à préserver la beauté tranquille du Port de pêche du village, il va falloir combiner ce modèle de conservation avec une valorisation des atouts de la région : attirer une clientèle touristique de qualité, proposer de nouvelles attractions comme la dégustation de poisson frais, peut-être des promenades en mer… Le tourisme positif, c’est aussi des créations d’emploi à haute valeur ajoutée, permettant de proposer à la population une alternative au bétonnage sauvage.

Anne Gouyon

juillet 7, 2008 at 12:50 Laisser un commentaire

Le tourisme médusé

Dans « Vingt mille lieues sous les mers », Jules Verne décrivait des océans vidés de leurs poissons et « encombrés de méduses ». Sa prédiction est-elle en train de se réaliser ? Un petit tour sur les plages de la Méditerranée semblerait le confirmer. Les coupables : le réchauffement climatique, la surpêche et la pollution. Allons-nous devoir nous baigner en combinaison ? Les méduses vont-elles remplacer les poissons dans les mers et dans nos assiettes ? Tout dépend des choix que feront les acteurs du tourisme : continuer à dégrader l’environnement ou chercher à le restaurer.

Drapeau signalant des méduses en Méditerranée, source 20 minutes.

Méduses contre poissons

Un article du Point décrit l’attaque d’un banc de méduses sur un élevage de poissons en Irlande : « La mer était rouge de sang. En trente ans je n’avais jamais vu une chose pareille, explique l’éleveur traumatisé. Elles sont arrivées par milliers, se sont collées aux cages. Avec leurs tentacules, elles ont injecté leur venin dans les poissons, puis les ont amenés à leur bouche. » Impossible de lutter : les bateaux de l’éleveur sont englués dans la masse gélatineuse de millions de méduses. Lorsqu’ils atteignent enfin les cages, il ne reste plus rien des 100 000 saumons bios de cet élevage qui était le fournisseur officiel d’Elisabeth II. Le lendemain, un essaim de méduses de 25 kilomètres carrés sur 13 mètres de profondeur détruisait les 140 000 poissons d’un élevage voisin. Un scénario d’épouvante qui se retrouve dans le monde entier, sur les élevages de poissons ou de crevettes.

Méduses contre baigneurs

Les humains ne sont pas épargnés. En Australie, toujours selon l’article du Point, les méduses ont transformé en cauchemar les épreuves de nage en eau libre des derniers championnats du monde de natation : les nageurs ont dû abandonner ou sortir boursouflés de piqûres. Une des espèces les plus répandues, la Pelagia noctiluca, est devenue en 5 ans une menace sévère pour le tourisme de plage en Méditerranée. « C’est du jamais-vu. Il y a des échouages massifs de méduses toute l’année », s’inquiète Gabriel Gorsky, chercheur à l’observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer.

C’est ainsi que sur les plages espagnoles, les touristes devront s’habituer à voir de plus en plus souvent, à coté des habituels drapeaux vert, orange et rouge, un sinistre drapeau bleu et blanc aux emblèmes de la méduse. En 2006, année particulièrement sinistrée, Cannes avait dû fermer ses plages, et la Sardaigne entière a été imbaignable pendant une bonne partie de l’été. Et de nombreux touristes ont annulé leurs séjours vers l’Espagne.

Déséquilibres écologiques

Mais des méduses, il y en a toujours eu en Méditerranée ? Oui, mais elles sont les grandes gagnantes des déséquilibres subis par les écosystèmes, et en particulier du réchauffement climatique. Les méduses, qui raffolent de l’eau chaude, se reproduisent de plus en plus vite et étendent leur territoire. Et ce d’autant plus que leur pire ennemi, les tortues, disparaissent à toute allure… « Le réchauffement climatique acidifie les océans. Comme il pleut moins, les quantités d’eau douce déversées dans les mers diminuent, ce qui augmente la salinité », explique au Point Laurent Soulier, directeur de l’Institut des milieux aquatiques, à Bayonne. Or ce sel qui acidifie l’eau empêche les jeunes tortues de se fabriquer une carapace.

Pollutions et surpêche

La pollution bénéficie aussi aux méduses, organisme archaïque extrêmement résistant. Elles se développent à tout-va grâce aux nitrates, aux phosphates et aux engrais agricoles déversés dans les rivières. Ceux-ci alimentent le zooplancton, dont elles se nourrissent. La mer Rouge et la Baltique, saturées de polluants, ont déjà pris l’allure de véritables soupes de méduses. En mer Noire, elles représentent 90 % du volume de la faune aquatique, et prolifèrent d’autant plus que la surpêche a décimé tous leurs concurrents comme les anchois, harengs et sardines avec qui elles partageaient la gamelle.

Une autre forme de pollution chimique, les résidus de pilules contraceptives et de traitements hormonaux, boostent aussi les méduses. Et oui, l’urine des femmes qui suivent ces traitements, chargée en oestrogènes, se retrouve dans les rivières. Là, elles perturbent la reproduction des poissons : les mâles se féminisent. Les méduses, plus rudimentaires, asexuées, ne sont pas perturbées, et en profitent pour se multiplier. Un véritable cercle vicieux : « Au fur et à mesure que la population de méduses augmente, les poissons trouvent de moins en moins à manger », prévient le biologiste Martin Attrill, professeur à l’université de Plymouth, en Grande-Bretagne.

Agir pour un tourisme positif

Les acteurs du tourisme, jusqu’ici, ont contribué à la dégradation des plages et des eaux marines, notamment en rejetant leurs eaux usées dans les mers, où elles viennent notamment nourrir le zooplancton et les méduses. Si ils ne veulent pas voir les touristes fuir leurs plages médusées, il est temps pour eux d’agir et de participer à la restauration de l’environnement littoral.

Les première mesures prises sont surtout palliatives : selon Le Point, la municipalité de Cannes a déboursé 80 000 euros pour s’équiper en filet antiméduses auprès de la Lyonnaise des Eaux, et une dizaine d’autres municipalités lui ont emboîté le pas. Le gouvernement espagnol finance des recherches sur les méduses et des campagnes de pêche préventive pour en faire baisser le nombre – triste reconversion pour les pêcheurs qui n’ont plus de poisson à capturer après avoir vidé les mers.

Et si l’on cherchait plutôt à traiter le problème à la source ? Lutter contre le réchauffement climatique par tous les moyens disponibles, et notamment en limitant, au sein du tourisme, le recours aux carburants fossiles pour le transport et pour les bâtiments. Il est inadmissible qu’en 2008, des hôtels en Méditerranée continuent à brûler du fioul ou du gaz pour chauffer leurs chambre, leur eau chaude ou se climatiser. Le toit de ces hôtels représente un gisement d’énergie solaire inutilisé, à équiper de toute urgence en panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques.

Les collectivités du littoral ont aussi beaucoup à faire pour cesser de polluer, et même pour dépolluer les eaux. Traiter les eaux usées, les réutiliser après traitement… en installant systématiquement des stations d’épuration végétales, comme celles proposées par Phytorestore, qui ne dégradent pas le paysage et au contraire l’embellissent en créant des espaces humides paysagés, riches en biodiversité. Et bien sûr enfin mettre en place des politiques d’approvisionnement en poisson qui permettent de régénérer les stocks de poisson dans la mer : limiter la surpêche, permettre la régénération des alevins, mettre en place des élevages biologiques pour limiter la pression sur les stocks de poisson sauvage.

Avec un petit effort, l’année des méduses redeviendra ce qu’elle a toujours été : un évènement rare, témoin d’un déséquilibre des écosystèmes occasionnel, et non systématique. Au travail !

Participer à créer un tourisme durable et positif sur Internet :www.viatao.com

En savoir plus sur la lutte contre le réchauffement climatique et l’économie positive, qui restaure les écosystèmes : www.reparerlaplanete.com.

juin 12, 2008 at 11:10 1 commentaire

Les Natural Guide sont sur Éthisme

Une rencontre sympathique hier avec Alexis Dufour, journaliste du groupe Les Éditions du Gecko, qui éditent entre autres Vacances Pratiques et un tout nouveau site dédié au tourisme durable : Éthisme.

Un échange sympathique, où l’on a beaucoup débattu de la question : voyager positif, durable, responsable, qu’est-ce que c’est ? Conclusion : loin des « petits gestes » qui permettent de se dédouaner à bon compte et loin des « éco-comportements formattés », voyager responsable, c’est avant tout voyager avec sa tête et son coeur : lire le compte-rendu de la discussion sur : www.ethisme.com/-Il-faut-voyager-avec-sa-tete-et-son-coeur-_a416.html

juin 10, 2008 at 9:25 Laisser un commentaire

Voyager sans quitter ma ville

Printemps comédiensDans mon dernier post, j’abordais le douloureux sujet des dépenses d’énergie liées au transport avec une solution toute simple : redécouvrir le plaisir du voyage de proximité, ou « l’aventure au coin de la rue« . On pourrait même parler d' »exotisme au coin de la rue » car ce printemps fourmille d’exhibitions culturelles du monde entier. Une excellente façon de se dépayser à deux pas de chez soi. Une excellente façon aussi, de préparer son voyage en apprenant à découvrir la culture de l’autre… ou de prolonger, une fois rentré à la maison, le bonheur et l’émerveillement que l’on a pu ressentir sur place.

Sans prétendre dresser un inventaire exhaustif de ces manifestations, j’en profite donc pour vous signaler que cette année, le Printemps des Comédiens de Montpellier (5-30 juin) a mis l’Indonésie à l’honneur avec le spectacle de danse « Taman Sari » « Le jardin des délices de Java à Bali« , qui accueillera des danseurs de plusieurs troupes indonésiennes, et tout cela, sous un « pendopo », ces grands abris semi-ouverts qui servent de maison de la culture et de salle commune dans les villages javanais. Et en attendant le mois de juin, les amateurs d’Indonésie – et de littérature à portée universelle – pourront aller écouter Laksmi Pamuntjak et Goenawan Mohamad, deux écrivains engagés de toute première importance, lors d’une soirée organisée le 9 avril à Paris par l’association culturelle franco-indonésienne Pasar Malam.

Toujours au Printemps des Comédiens, les clowneries russes de la troupe Semianyki, que les Parisiens pourront découvrir du 10 mai au 8 juillet au Théâtre du Ront-Point, ou la douceur du Cap-Vert de Cesaria Evora. Pour les amateurs de culture arabe, Montpellier accueillera aussi Khaled et plusieurs autres troupes lors des Arabesques, rencontres d’art du Monde Arabe, du 23 au 24 mai.

D’autres suggestions pour compléter ce minuscule échantillon ? Postez vos commentaires… et n’oubliez pas, l’enchantement est au coin de la rue…

Anne Gouyon

mars 31, 2008 at 10:25 Laisser un commentaire

Le tourisme sauvé par les biocarburants ?

La controverse sur les biocarburants fait rage. Après avoir suscité tous les espoirs pour un développement durable des transports, les voici accusés de tous les maux : déforestation, faim dans le monde, flambée des prix dans les supermarchés, émissions de carbone… Damned, on savait que la roche tarpéienne est proche du Capitole, mais là, c’est vraiment ce qui s’appelle tomber de haut. Pourtant, le tourisme reposant sur la possibilité de se déplacer, il va bien falloir trouver des alternatives durables et positives au pétrole si nous voulons garder le plaisir d’explorer la planète et d’aller à la rencontre d’autres cultures.

Alors, que faire ? Petit guide positif des biocarburants, en 10 commandements.

1. Bio et agro tu ne confondras pas

Petit rappel : les biocarburants ne sont pas issus de l’agriculture biologique. Le préfixe bio- indique juste qu’ils proviennent de matières premières vivantes (bio = vie) par opposition au pétrole, qui est une matière première fossile. Il serait donc plus exact de parler d’agrocarburants pour le diesel issu de cultures de colza par exemple. Mais attention, certains biocarburants proviennent de déchets fermentés grâce à des bactéries… Le terme biocarburant peut donc être retenu pour tout ce qui vient du vivant en général.

2. Tu ne mettras pas en compétition les voitures et les estomacs

Les agrocarburants d’aujourd’hui sont issus de l’agriculture existante… qui est surtout destinée à produire de la nourriture. On se retrouve ainsi à produire de l’éthanol (substitut de l’essence) avec du blé, du maïs ou de la betterave ou du diesel avec du colza et de l’huile de palme. C’est inefficace, parce qu’on ne valorise ainsi qu’une toute partie de la plante, qui est la graine. C’est dangereux, parce que l’on met en compétition un besoin essentiel (manger) avec un besoin non essentiel (rouler). Bref, cela a pu servir dans un premier temps à développer des filières d’agrocarburants, mais cette « première génération » est condamnée à disparaître.

3. Les terrains désertifiés tu valoriseras

Heureusement, il existe des plantes plus humbles, qui peuvent être cultivées sur des surfaces qui ne sont pas adaptées à la culture alimentaire. C’est le cas du Jatropha curcas, un buisson adapté aux zones arides, qui pousse en Afrique, en Inde, en Amérique Latine… Ou encore du miscanthus et de l’arundo, sortes de roseaux ou cannes de grandes dimensions, qui poussent un peu n’importe où sur les terrains vagues, les bords de routes, et que l’on peut transformer en éthanol par des procédés encore au stade expérimental, mais qui devraient être opérationnels d’ici une dizaine d’années. Il est possible de développer ces plantes sur des terrains aujourd’hui non cultivés, donc sans affamer l’humanité. Beaucoup de ces terrains étaient autrefois cultivés et ont été désertifiés au cours des 40 dernières années. Ce ne sont donc pas des surfaces de forêts naturelles que l’on va couper, mais des cultures que l’on va restaurer. Et autant d’emplois pour des pays souvent très pauvres.

4. Des cultures positives pour l’environnement tu développeras

Là encore, inutile de cultiver les agrocarburants comme on cultive les cultures alimentaires actuelles, avec de fortes dépenses d’énergie, des quantités importantes d’irrigation, d’engrais chimiques et de pesticides… Il est possible de cultiver des plantes énergétiques rustiques, avec des techniques de culture adaptées : réduction des labours et donc des passages de tracteurs, utilisation d’engrais organiques, culture intégrée valorisant la biodiversité pour lutter contre les maladies sans recours excessifs aux pesticides… Ainsi, les cultures d’agrocarburants auront un bilan positif sur le plan de l’énergie, du climat, de l’eau, de la toxicité et de la biodiversité.

5. Des micro-algues tu développeras

Dix fois plus efficaces en terme de production par unité de surface que les biocarburants actuels, il y a… les micro-algues, en cours de développement par plus d’une dizaine de sociétés dans le monde entier.

6. Les poubelles tu fouilleras

Rouler au biogaz… c’est déjà le cas de nombreux bus, par exemple à Lille. Mais c’est quoi du biogaz ? Un gaz issu de la fermentation sans oxygène de déchets d’origine vivante, par exemple des déchets domestiques. On peut aussi fabriquer du biodiesel ou du bioéthanol à partir de pelures d’oranges, d’huile de friture usagée, de déchets d’abattoir… vous avez dit burk ? Mais c’est mieux que de laisser ces déchets polluer l’environnement. Cela s’appelle même l’économie circulaire : les déchets de l’un sont les ressources de l’autres. Surprise, c’est ainsi que la Nature fonctionne…

7. Les emprises des réseaux tu utiliseras

A quoi servent les bas-côtés d’autoroutes, les surfaces entre les pistes des aéroports, les toits de parking ? A rien. Et si on les valorisait intelligemment ? Imaginez la quantité d’énergie produite sur ces surfaces en les couvrant de cultures d’agrocarburants, de panneaux solaires ou d’éoliennes selon les lieux… À terme, les réseaux de transport pourraient produire leur propre énergie !

8. Des véhicules efficaces tu choisiras

Bien sûr, la surface terrestre ayant ses limites, il ne faut pas imaginer que tout le monde pourra rouler en Hummer au biodiesel. Les éco-carburants, ce sont les carburants que l’on ne consomme pas !!! Pour que le remplacement du pétrole par des agro ou biocarburants soit possible, il faut commencer par réduire la consommation des véhicules, et donc privilégier l’achat de petites voitures émettant peu de gaz carbonique (idéalement moins de 120 g/km2). C’est valable aussi en voyage : amusez-vous à demander à votre loueur de voitures le modèle la moins consommatrice d’essence et la moins émettrice de CO2 ! Vous ferez des économies en contribuant à protéger l’environnement.

9. Le train et le bus tu redécouvriras

Le bus et le train consomment beaucoup moins de carburant par kilomètre-passager que la voiture ou l’avion. En voyage, les bus locaux sont certes plus aventureux que la voiture louée, mais un excellent moyen de rencontrer les gens du coin ! Et le train permet de profiter des paysages au lieu de les survoler…

10. L’aventure au coin de la rue tu chercheras

Est-il nécessaire de partir au Mexique pour se dépayser ? Au coeur de la France, de l’Autriche, de l’Espagne, il y a encore bien des mystères à découvrir. Retrouver le plaisir du tourisme de proximité, c’est émettre moins de gaz carbonique, consommer moins de carburant, et éviter le stress des grands déplacements.

Par Anne Gouyon. En savoir plus sur les biocarburants ? Lire Réparer la Planète, la révolution de l’Économie Positive (JC Lattès/BeCitizen).

mars 28, 2008 at 8:53 Laisser un commentaire

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